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Rencontre avec un salarié en maladie professionnelle, suite à l’utilisation de produits phyto-sanitaires

Michel Burguieu souffre aujourd’hui de la maladie de Parkinson. Celle-ci l’a contraint à arrêter de travailler à quelques années de la retraite. Cette maladie fait suite à l’utilisation de produits phytosanitaires et a été reconnue en 2015 « maladie professionnelle » par la MSA. Michel accepte de témoigner de sa maladie pour l’association des salariés agricoles. Comment s’est-elle manifestée ? Comment a-t-elle été détectée ? Quel message transmettre aux salariés agricoles en exercice ?

Michel a été 7 ans salarié agricole dans le Tarn (vignes, céréales, élevage) puis près de 35 ans sur l’exploitation d’un lycée agricole en Aveyron (cultures, vaches laitières).


 

Des premiers symptômes à l’arrêt de travail :

Les premiers symptômes sont arrivés progressivement en 2005 (tremblements, blocages...). La maladie de Parkinson a été diagnostiquée en 2010.

Je ressentais une gêne au travail et cela m’ennuyait vis-à-vis de mes collègues et aussi car j’aurais aimé arriver à travailler jusqu’à l’âge de la retraite. C’était dur. Il me fallait beaucoup anticiper mes mouvements. Par exemple pour traire, il faut pivoter beaucoup et à la fin mon corps suivait difficilement.

A la fin, je me sentais dangereux pour moi et pour les autres, ainsi que sur la route : on conduisait des bennes d’ensilage de 10-15 tonnes sur les routes et je sentais que je n’avais plus autant de rapidité à réagir avec les commandes électroniques.

J’ai été arrêté en 2013. A la fin, j’étais dans le stress tout le temps du fait de l’évolution de la maladie. L’arrêt maladie a été prolongé jusqu’à ce que j’atteigne tous mes trimestres pour la retraite.

C’est une maladie évolutive. Plus ça va et plus les effets se font sentir. Dès que l’effet du médicament se ralentit, je « bloque ». Je souffre et j’ai du mal à dormir : je prends des médicaments mais souvent ça ne suffit pas. C’est handicapant pour tout dans la vie quotidienne,  pour conduire...

Les causes de la maladie :

Le neurologue a pensé, du fait du métier que j’ai exercé, à une maladie professionnelle. J’ai commencé une procédure de reconnaissance auprès de la Médecine du travail qui a duré plusieurs années et a abouti en 2015.

La MSA a essayé, au travers d’une enquête de me faire lister tous les produits que j’avais utilisés, susceptibles d’avoir une responsabilité dans la maladie. Mais pour certains, 30 ou 40 ans après, ce n’était pas facile de les retrouver...

Parmi les produits retrouvés :

-          Beaucoup de produits utilisés en vigne et en céréales dans la première partie de ma carrière

-          Toutes sortes de désherbants ou défoliants,

-          Les produits de désinfection des bâtiments,

-           Le glyphosate (round up...),

-          Les produits d’enrobage des semences,

-          Les produits insecticides qu’on mettait sur les dos des animaux (anti-tiques...),

-          Les fongicides,

-          Les produits de traitement des semences après récolte pour traiter les cellules de grain.

La difficulté est qu’on ne sait pas dire que « tel produit, utilisé à telle époque, a causé la maladie ». On n’en sait rien. C’est seulement sur une analyse d’ensemble de la situation qu’on arrive à déterminer, avec une forte probabilité, la cause de la maladie...

Quelles mesures de protection ?

Je me souviens que dans mes débuts, on ne se protégeait pas. Il n’y avait pas de cabine sur les tracteurs... Je ne me souviens pas de malaises mais de maux de tête surtout après les semis de maïs ou de céréales : avec les semoirs pneumatiques et les produits de traitement de celles-ci, on respirait à fond l’odeur de ces produits d’enrobage.

Je me souviens que quand j’étais dans le Tarn, le préventeur de la MSA parlait de toutes ces questions mais on le prenait un peu à la légère... C’est vrai aussi que quand on travaille, un masque sur le nez, c’est inconfortable et à la fin,  on l’enlève.

Je suis arrivé en Aveyron en 1981. J’ai travaillé surtout en élevage et j’avais l’impression qu’on traitait peu. C’est dire si je ne m’attendais pas à ça...

J’étais pris par le travail. On ne se protégeait pas assez. On n’avait pas conscience de ce qu’ils étaient. Le glyphosate, à écouter les techniciens qui le vendaient, on aurait presque pu le boire...  Je me souviens aussi du vendeur de produits pour traiter les céréales après récolte : il faisait des démonstrations sans se protéger...

Quel message pour les salariés agricoles ?

Je crois qu’il y a un gros message de prévention à faire passer : on ne prend pas assez de précaution ! On devrait faire plus attention à ce qu’on utilise et à se  protéger.

Quand on est jeune, on n’est pas conscient de tout ça : c’est trop abstrait. Ce n’est pas comme quand on utilise une tronçonneuse ou qu’on détache un animal : là, on sait qu’il faut faire attention. Et les salariés qui sont tous les jours au contact avec ces produits doivent faire encore plus attention.

Avec le recul, vues les conséquences, je suis de plus en plus critique envers ces produits. Dans mon jardin, je n’en utilise plus !

Dernière modification le 27-09-2016 par Bernard Gauvain.
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