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Eric Marty travaille comme salarié depuis une vingtaine d’années à l’ouest du département de l4Aveyron. Si son projet d’installation n’a pas (encore) abouti, la passion de ce métier est très ancienne chez lui et l’a conduit à travailler simultanément comme salarié sur plusieurs exploitations agricoles depuis près de deux décennies....

Cet article a été publié dans le bulletin des salariés agricoles de l'Aveyron de décembre 2014 :

"Nous passons beaucoup de temps à échanger. Il y a une vraie confiance entre nous"

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Comment es-tu devenu salarié ?

Je me suis passionné très jeunes pour l’agriculture. J’étais souvent chez mon oncle et dès 9 ans, je conduisais des tracteurs ! J’espérais m’installer chez lui. J’ai fait des études d’agriculture et j’ai passé le BEPA en élevage puis en mécanique agricole. J’allais tous les week-ends aider mon oncle. Mais ce dernier est décédé prématurément. J’avais du travail et mon beau-père a repris l’exploitation. Ce n’était guère possible d’agrandir...

J’en ai retenu que c’est important de travailler et de réfléchir longtemps ensemble avant de s’associer : s’associer, c’est vite fait, mais dissoudre, c’est beaucoup plus long et compliqué. Il est très bénéfique d’aller travailler hors de chez soi avant de s’installer. Quand on s’installe à vingt ans, on reproduit d’avantage ce qu’on a vu faire par ses parents plutôt que d’innover. Il faut d’abord aller voir ailleurs pour se former, apprendre vraiment le métier...

Retour donc il y a vingt ans...

J’ai d’abord travaillé pendant un an en porcs et taurillons puis j’ai arrêté pour le service militaire. Au bout de quelques mois, on m’a proposé un CDI, chez M. Faure et j’ai été embauché. C’était la fin du service militaire et il suffisait d’avoir un CDI pour en partir. Seize ans plus tard je travaille encore chez lui. A l’époque, j’habitais de l’autre côté de Villefranche, maintenant je suis à 800 m.

Je me suis senti utile dès le début ; il sortait d’une situation difficile et d’un accident alors avec l’aide de nombreux voisins, nous l’avons aidé. Cela a créé des liens entre nous. Aujourd’hui, nous passons beaucoup de temps à échanger. On discute vraiment de tout. Il y une vraie confiance et une très bonne entente entre nous.

Tu travaillais à cette époque chez le même employeur ?

Non, très vite j’en ai eu plusieurs et jusqu’à quatre ; mais ce n’était pas un groupement d’employeurs « officiel ». J’allais deux jours chez l’un et un jour chez chaque autre. C’était à jours fixes ; Ils pouvaient exceptionnellement intervertir mais ils se mettaient d’accord d’abord entre eux et devaient me prévenir au moins 24 h à l’avance

Pas trop difficile ?

Non, j’en ai un très bon souvenir. La difficulté plus grande à gérer, c’est de comprendre rapidement comment fonctionne chaque employeur. L’un aime qu’on prenne le temps et qu’on soigne le matériel, l’autre qu’on travaille vite vite et tant pis s’il y a de la casse...

Et pour le suivi de chaque troupeau ?

C’est impossible ! On me disait ce qu’il y avait à faire quand j’arrivais. Mais à cette époque, j’étais plutôt matériel...

Sur quelles productions travailles-tu en ce moment ?

Chez celui où je suis depuis le plus longtemps, nous travaillons en bovins lait. Il y avait des bovins viande mais vu l’âge de son père il a était obligé de faire un choix... Maintenant il y a une cinquantaine de laitières. L’autre est éleveur de porcs en engraissement et d’agneaux label. Le travail en porcs est très automatisé puisqu’on ne fait qu’engraisser, l’agriculteur adhérent  à une porcherie collective : c’est dix minutes, matin et soir. Je suis surtout là pour les travaux d’extérieur et je le remplacer pour l’agnelage.

Comment s’organise le travail ?

Chez Faure par exemple, j’y vais le matin vers 9h jusqu’à 18h30. Je ne fais aucune traite, sauf pour des périodes de remplacement. Peu à peu, on s’est créés pas mal d’outils pour communiquer entre nous : tableaux, plannings, code couleur sur des sparadraps collés sur les queues des vaches... Même si je travaille moins sur l’élevage, je suis au courant de tous les principaux événements et je peux remplacer à tout moment.

Depuis un an, je travaille chaque semaine deux jours chez chaque employeur, j’ai donc gardé le mercredi pour mes enfants ; Ma femme étant employée dans une grande surface est souvent prise ce jour-là. 

Comment t’informes-tu des évolutions ?

L’employeur me passe « La France Agricole » quand il l’a lue. Et puis on discute. Par exemple des zones vulnérables. Logiquement mon employeur devrait mettre aux normes, mais à 54 ans,  et sans successeur, comment investir 150 000 € ?

Es-tu parti te former ?

En plus de mes deux BEPA, je me suis formé à la soudure. Connaître l’entretien et la réparation du matériel est quelque chose d’apprécié par mes employeurs.

As-tu facilement trouvé du travail ?

Les périodes de chômage ont toujours était rare pour moi. En agriculture, ce qui compte c’est d’avoir une bonne réputation. C’est ce qu’il faut construire. Le sérieux au travail garantie une sécurité de l’emploi... Le bouche-à-oreille fonctionne...

Que conseillerais-tu pour choisir un employeur ?

Être attentif à la relation. Chez certains on travaille huit heures sans discontinuer, chez d’autres on prend le temps de la pause ou de discuter. Prendre le temps de se parler est important pour bien se connaître : il faut vraiment savoir tout ce qui se passe, comme par exemple pour la traite. Il faut être attentif à ces aspects là...

Les salaires ?

Les charges sociales d’un salarié sont élevées et représentent un coût non négligeable pour l’agriculteur. C’est un métier passionnant, qu’on a du mal à rémunérer vu le temps que l’on y passe... 

Parfois, j’aimerais être rémunéré en proportion de mon investissement, par exemple qu’il y ait une prime de fin d’année qui encourage celui qui a de bons résultats techniques ou une bonne réussite dans ce qu’il fait... Car ce qu’on produit  en plus n’est pas pour nous. Et un matériel en bon état ou un troupeau en bonne santé, c’est important.

Comment vois-tu l’avenir ?

Je ne sais pas très bien où l’on va mais à mon avis on se dirige vers des structures de plus grande taille. Les petits paysans disparaissent. De nos jours, les jeunes ne veulent plus se retrouver seul à traire sept jours sur sept un troupeau de vaches ; Ce serait se tirer une balle dans le pied ! On va plutôt vers un système associatif avec une main d’œuvre salariée.

Et pour toi ?

Je ne me décourage pas de m’installer. Je continue à suivre des pistes. Je viens d’en étudier une en porcs mais ça ne passe pas auprès des banques du fait du prix du porc. J’ai un fils qui est encore jeune mais passionné comme je l’étais au même âge. Il est heureux avec les bêtes et fou de tracteurs. Si je commence quelque chose, ce sera en partie pour lui ou pour un autre qui s’y intéresserait. Mais il a encore tout le temps de changer...  Nous ne l’obligerons à rien !  Et s’il veut s’installer, je l’encouragerai à aller d’abord voir quelques années ailleurs.


Pour l’heure, je souhaiterais à tous les salariés d’avoir des employeurs comme moi, de pouvoir prendre une journée quand ils en ont besoin. Les relations avec l’employeur, cela doit être un prêté pour un rendu !


Propos recueillis par Bernard Gauvain
 

 

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Dernière modification le 30-01-2015 par Bernard Gauvain.
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